Témoignages

 » La question des salaires est évidemment la plus préoccupante de toutes: nous travaillons tous d’abord et avant tout pour vivre, donc gagner de l’argent.

Je suis passé par divers emplois au cours de ma vie, et j’ai – presque – toujours considéré que j’étais sous-payé: 6300 francs/mois pendant ma thèse, 8300 pendant mon second post-doc… (pour mon premier post-doc, j’étais en Suisse, et je touchais 5000 francs suisses par mois, soit 3000 Euros, seul « bon » salaire que j’aie jamais touché, pendant 20 mois…). Et aujourd’hui, a plus de 50 ans, environ 2150 Euros. C’est, j’ose le dire, minable. Mon épouse est femme au foyer et j’ai trois enfants à charge: chaque mois, je suis obligé de puiser plusieurs centaines d’euros dans les économies, qui fondent comme neige au soleil. Et, au vu de toutes les pressions diverses et variées, je ne me sens absolument pas « cadre »: un simple exécutant mal payé…
Et donc, d’après les calculs, su j’étais en Allemagne, je gagnerais… 3300 Euros!!! Sans rire, ça donne envie de s’expatrier, non?…

Comment les gouvernements successifs espèrent-ils relancer la consommation avec des salaires aussi bas? Qui a envie d’acheter quand on sait d’avance qu’on risque de se retrouver « dans le rouge »?! « 

D.E., Académie d’Aix-Marseille


« C’est simple, étant enseignante depuis 10ans, avec un enfant à charge seule, je frôle la pauvreté: pas les moyens d’avoir une voiture, pas de vacances, pas d’épargne, dépendante encore de mes parents en cas d’imprévu! »

Vanessa, 47 ans


« Votre étude ne fait que confirmer mon constat: au bout de 15 ans d’ancienneté, je suis confronté à cette même réalité décevante. Aucune perspective motivante de carrière, un salaire qui baisse, des mois qui ressemblent à ce que j’ai connu enfant. Je suis fils d’ouvriers et je me retrouve dans la situation de mes parents: compter, reculer les dépenses, ajourner les vacances, payer la maison. A cela s’ajoutent les difficultés du métier, le manque de reconnaissance, l’absence d’interlocuteur efficient. Je ne cache plus ma déception. Les valeurs humanistes que je peine à trouver sont ma seule consolation. Autour de moi je perçois la souffrance des collègues qui ne tiennent plus leurs classes, qui peinent à trouver un sens à leur métier. Les absences s’accumulent, les défections sourdes et sournoises dues à une baisse d’investissement rongent notre métier et le quotidien de nos élèves. Faut-il parler? Faut-il se taire? J’ai abandonné l’idéal de corps porté par ce métier, le sens institutionnel n’y est plus. Mes yeux se portent ailleurs. Faute d’argent, il faut valoriser le temps qui nous est donné pour d’autres projets, la famille, l’existence quoi. C’est le seul respect que j’ai pour chaque élève quel qu’il soit qui me fait tenir, pour eux. Je remplirai ma mission honnêtement, sans plus. »

S.P.


« En septembre 2018, je fêterai 30 ans de carrière, à priori, il m’en resterait 12 à faire. On pourrait penser que je fais partie des nantis, ces fonctionnaires à l’abri de tout et qui en veulent toujours plus.

Dans les faits :
Originaire de Bordeaux, Capes en poche, j’ai fait 3 ans de Nord-Pas de Calais, dont 2 ans à Calais (à 1000 km de chez moi). Suite à cela, dans le Loiret : 2 ans de Zep (terminologie de l’époque), et 11 ans de Rep (termonologie de l’époque encore). N’étant pas dans ma région, je n’ai pas acheté mon logement mais j’ai vécu ma vie (3 enfants). Deux ans séparée, j’ai assumé mes charges locatives, seule avec mes 3 enfants, les frais de garde (pas de famille à côté), activités sportives, cantines,etc. Un peu de vacances parfois, au tarif cher, vacances scolaires obligent ! Ces vacances tellement reprochées. Revenu en couple avec le père de mes enfants, nous revenons dans l’académie de Bordeaux. Location chère, même dans la campagne, pour une famille de 5 personnes. Cela tient 5 ans, re-séparation à nouveau et j’assume alors encore mes charges locatives seules, avec mes trois ados. Je ne pars plus en vacances.

Aux 18 ans de ceux-ci , je perds toute aide allocative et la pension alimentaire, qui est donnée directement à mes enfants, c’est normal. Je garde un logement grand, T4, car retour des enfants le week end, et vacances. Insertion professionnelle en pointillé de mon aîné après un BTS, travail entrecoupé de chômage, je l’héberge 3 ans, et toujours en CDD, il est possible qu’il ait besoin de revenir encore, une fille étudiante et une pas encore sortie d’affaire.

Aujourd’hui, je suis à la hors-classe : 2800 euros nets. Je suis toujours en location (hlm car je ne m’en sortais plus), je ne fais quasiment aucun extra, je pars le moins possible en vacances (parfois 2 jours à Paris) car je suis à découvert tous les mois de 800 euros sans rien faire, seulement payer le quotidien. J’ai de côté : 3000 euros (un gros mois de salaire) en cas de pépin et c’est tout. Mes enfants, ni moi, n’avons d’iphone et autres objets de luxe, ma fille étudiante travaille pour payer son 22m carré, et les deux plus jeunes se sont financées elles-mêmes, leur permis.

Dans mon établissement de centre de ville (moyenne), nous avons perdu des classes. Du coup, je fais un complément de services dans une Rep. En effet, nous sommes plusieurs à avoir été mis dans cette situation (complément de service) : éducation musicale, arts plastiques et histoire-géo, quelques autres matières s’en sortant avec de l’aide aux devoirs, Ap, ou autre. Nous avons bien compris qu’il fallait se disputer les heures à coup de projets, plus ou moins justifiés, pour espérer rester : chacun ayant de bonnes raisons (3 enfants en bas âge pour l’un, 2 heures seulement à compléter, etc). Ambiance !

Je rappelle que j’ai un concours de catégorie A, assez sélectif dans ma matière, depuis 30 ans. J’ai le sentiment d’avoir beaucoup donné (payé), à l’éducation nationale, et je ne vois pas bien le confort qui est supposé être le mien.

Aujourd’hui, j’aurais aimé au moins, acheter un logement pour espérer, ne pas devenir une charge un jour pour mes enfants. Emprunt sur 20 ans, cela pousse à 75 ans, dernière limite. Et en gros je ne pourrais acheter même dans ma ville moyenne, qu’un t2, t3 si j’ai de la chance. Comment recevoir ou aider mes jeunes dans ce cas ?

Je ne me plains pas, je ne crois pas, je suis bien consciente que face à des gens qui traversent la mer sur des rafiots, mon sort est très largement supportable, la question est, que dès que l’on veut témoigner, on nous oppose les situations les pires des actualités. Comment dans ce cas oser le faire et dire la chute de nos niveaux de vie ? Demande-t-on à nos politiques richissimes de justifier leur niveau de vie? 

Je crois qu’il faudrait des statistiques sur les adultes seuls avec enfants. »

S.M